HomeA la uneVICTOIRE DE WADAGNI AU BENIN : Les défis herculéens qui attendent le nouveau président

VICTOIRE DE WADAGNI AU BENIN : Les défis herculéens qui attendent le nouveau président


Après le vote du 12 avril dernier qui s’est globalement passé dans le calme, sans violence ni anicroche, les Béninois connaissent déjà les résultats de la présidentielle du dimanche dernier, qui donnent le candidat du parti au pouvoir vainqueur avec 94% des voix, contre moins de 6% pour son challenger. La victoire de Romuald Wadagni était d’autant plus attendue qu’en sa qualité de candidat du pouvoir, le dauphin désigné du président Patrice Talon était le grand favori de ce scrutin qui semblait taillé à sa mesure, en l’absence d’une vraie concurrence.

 

Le Bénin a aussi besoin de regagner la confiance de ses voisins du Nord

 

C’est donc un scrutin sans suspense qui était bien parti pour donner lieu à des résultats sans surprise, avec le fidèle ministre de l’Economie et des finances du président sortant, qui succédera ainsi à son maître au palais de la Marina. Et son règne ne s’annonce pas de tout repos, au regard des défis herculéens qui attendent le natif de Lokossa. A commencer par les questions sécuritaires dans un contexte de recrudescence de la menace terroriste dans le Nord du pays, où les attaques contre les populations et les forces de défense et de sécurité, se multiplient. Un défi rendu encore plus complexe par le contexte sous-régional marqué par des tensions entre certains pays, rendant difficile la collaboration entre armées pour venir à bout de l’hydre à têtes multiples. La bête immonde étant connue pour sa capacité à se fondre au sein des populations et à profiter de la porosité des frontières pour se livrer à ses basses besognes. Autant dire que le successeur de Patrice Talon aura du pain sur la planche dans un contexte où le Bénin a aussi besoin de regagner la confiance de ses voisins du Nord pour donner encore plus de dynamisme à son économie qui affiche certes des notes de croissance sur les dix ans de règne du président Talon, mais qui enregistre, ces dernières années, d’importants manques à gagner au niveau du port de Cotonou. Lequel port souffre aujourd’hui de délaissement par ces pays de l’hinterland dont c’est l’une des portes naturelles d’accès à la mer, pour les raisons politiques que l’on sait. Et dans le cas d’espèce, on attend de voir si le nouvel élu marchera dans les pas de son prédécesseur, ou s’il changera son fusil d’épaule. A côté de ces questions sécuritaires, l’autre défi majeur est celui de la lutte contre le chômage des jeunes, et surtout la cherté de la vie qui reste l’une des préoccupations majeures des populations. Et les attentes des populations sont d’autant plus fortes que la pauvreté reste persistante et endémique, et continue de peser sur le quotidien des citoyens, malgré des chiffres économiques pourtant prometteurs. Autre chantier et pas des moindres qui attend le nouveau président, c’est celui de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale. Car, sous le magistère de Patrice Talon, entre emprisonnements d’opposants et réformes politiques jugées parfois calculées et partisanes, les frustrations ont été nombreuses.

 

Il importe aussi pour le chef de l’Etat entrant, de travailler à assurer une meilleure inclusivité politique

 

Et c’est peu dire que la reconfiguration du paysage politique à coup de réformes qui ont fait plus que des gorges chaudes au pays du Vaudou, a laissé des traces de profondes divisions. D’où la nécessité de travailler à recoller les morceaux et à rabibocher les Béninois avec eux-mêmes, dans un contexte où le pluralisme politique est aussi mis à rude épreuve dans ce pays francophone d’Afrique de l’Ouest qui brillait pourtant par une démocratie à l’exemplarité unanimement reconnue. Il revient donc au nouveau président, de savoir trouver un équilibre entre continuité des réformes et réponse aux attentes des populations pour une transition politique qui ne s’annonce, d’ores et déjà, pas comme une sinécure. Pour le reste, il importe aussi pour le chef de l’Etat entrant, de travailler à assurer une meilleure inclusivité politique et à consolider les acquis à travers cette ouverture démocratique qui faisait toute la force et la renommée de la démocratie béninoise. C’est à ce prix que le nouveau président pourra espérer entrer dans l’histoire de son pays par une porte autre que celle de Patrice Talon aujourd’hui sur le départ, et accusé, à tort ou à raison, d’avoir bradé l’héritage de ses prédécesseurs en tirant la démocratie au Bénin vers le bas. Romuald Wadagni saura-t-il restaurer cette image de marque ? On attend de voir.

 

« Le Pays »

 


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