CONSTRUCTION AU BURKINA FASO : Au-delà du ciment, le poids décisif des agrégats
Ces dernières semaines, le débat public a tourné autour du prix et de la disponibilité du ciment au Burkina Faso. On s’émeut et on s’indigne de la cherté de ce matériau sans lequel aucun mur ne peut être dressé, et on lui impute le fait que des milliers de ménages voient s’éloigner chaque jour un peu plus, la perspective d’un logement accessible. On cristallise ainsi l’attention sur le ciment, en oubliant que la formation du coût d’un bâtiment, ne relève pas d’un facteur isolé, mais d’un enchevêtrement de variables dont certaines, moins visibles, n’en sont pas moins déterminantes. Parmi elles, les agrégats, notamment le sable, le gravier et assimilés voient leurs coûts s’envoler de jour en jour dans une indifférence quasi totale des consommateurs. Il faut le dire clairement : tant que les agrégats resteront livrés à une exploitation désordonnée, à des circuits opaques et à une logistique anarchique, toute politique de maîtrise des coûts de la construction restera vaine dans notre pays. Malheureusement, à force de trop regarder le ciment, on a fini par ne plus voir le sable et le gravier, alors que c’est précisément à ce niveau que se niche l’une des clés les plus ignorées du coût réel de la construction. Comment comprendre, en effet, que dans un pays comme le Burkina Faso, des matériaux extraits notamment du sol, deviennent plus difficiles à acquérir en raison de leur coût prohibitif, que le ciment, pourtant produit industriel transformé, conditionné, transporté et soumis à d’importants coûts énergétiques et logistiques ? La réponse ne tient pas à leur nature, mais à l’organisation, ou plutôt à la désorganisation de leur filière, qui évolue dans un cadre largement informel. A l’inverse, le ciment, lui, bénéficie d’un encadrement relatif, avec notamment l’existence de mercuriales officielles, d’un suivi administratif et d’une certaine transparence des prix. Prenons un exemple concret : pour la confection de 1 000 briques creuses, il faut en moyenne 35 sacs de ciment à 6 000 F CFA l’unité, soit 210 000 F CFA. A cela s’ajoute le sable, dont il faut environ 21 m³. Avec un prix moyen de 15 000 F CFA le m³, le coût du sable atteint, à lui seul, 315 000 F CFA, dépassant largement celui du ciment. Cet écart illustre de manière frappante qu’une matière brute peut coûter plus cher qu’un produit industriel. Les fournisseurs de cette ressource naturelle abondante et immédiatement disponible, justifient le gonflement artificiel de son coût par l’éloignement des sites d’extraction (Manga, Korsimoro, Dakola…), les frais de transport élevés et la multiplication des intermédiaires dans la chaîne de distribution. Conséquence : les coûts de construction s’alourdissent mécaniquement. Dès lors, la question s’impose : que doit faire l’Etat pour affronter, sans complaisance, cet informel prédateur qui tire les prix des agrégats vers le haut au détriment du citoyen, et soulager ces familles contraintes de consacrer une part toujours plus importante de leurs revenus à se loger décemment ? La réponse passe par des mesures concrètes et structurantes, en commençant par l’identification et l’aménagement des zones d’extraction autorisées, l’encadrement strict des permis d’exploitation, la limitation des intermédiaires spéculatifs, l’organisation des circuits de distribution plus transparents, la mutualisation du transport pour réduire les coûts et, surtout, l’instauration d’un mécanisme rigoureux de suivi des prix. En régulant ainsi le marché des agrégats, les autorités burkinabè, mettraient fin à ce paradoxe absurde de matières brutes plus chères qu’un produit industriel. Elles agiraient ainsi au cœur même de la problématique du logement, en encadrant les prix de tous ces matériaux de construction qui pèsent lourdement sur le quotidien des citoyens, en particulier des ménages ordinaires.
SIDZABDA
