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CONTESTATION DES RESULTATS DE LA PRESIDENTIELLE AU NIGER : Mahamane Ousmane, mauvais perdant ?

Sitôt annoncés, les résultats du second tour de la présidentielle nigérienne, qui donnent le candidat du pouvoir, Mohamed Bazoum, vainqueur avec 55,75% des voix contre 44,25% pour son adversaire, ont été contestés. En effet, répondant à un appel du directeur de campagne de leur candidat qui les a exhortés à « se mobiliser comme un seul homme pour faire échec à ce hold-up électoral », les partisans de Mahamane Ousmane sont descendus dans la rue pour manifester violemment leur désapprobation. Une situation, ô combien, déplorable qui vient ternir l’image d’un pays qui a été salué pour sa maturité politique à l’issue d’un vote apaisé au premier et au second tours, quand on sait qu’en la matière, il y a des voies légales de recours  connues, qui permettent de préserver la paix sociale. Pourquoi, au lieu de saisir la loi comme le recommande la procédure, le camp du candidat du RDR Tchanji  choisit-il la rue pour se faire entendre ? Mahamane Ousmane serait-il un mauvais perdant ? La question mérite d’autant plus d’être posée qu’en allant à ce second tour, l’ex-chef de l’Etat savait pertinemment qu’il n’était pas favori.

On peut reprocher à Mahamane Ousmane et à ses partisans d’avoir manqué d’élégance politique et surtout d’esprit de fair-play

En effet, au regard de son score de 17% au premier tour, ce second round s’annonçait pour lui comme l’ascension du mont Kilimandjaro, là où son adversaire partait, avec ses 39% du premier tour, avec plusieurs longueurs d’avance  en plus de s’assurer, à cette ultime étape, le ralliement de poids lourds comme Seini Oumarou et Abaldé Abouba arrivés respectivement 3ème  et 4ème  à l’issue du vote du 27 décembre dernier. Et même si cette large avance du candidat du pouvoir n’était pas rédhibitoire à une possible victoire du candidat de l’opposition, on peut reprocher à ce dernier et à ses partisans d’avoir manqué d’élégance politique et surtout d’esprit de fair-play, en ne se braquant que quand les résultats du dépouillement ont commencé à leur être défavorables alors qu’ils se tenaient à carreau quand ils menaient au score. Et puis, une chose est de contester les résulats, une autre est d’apporter les éléments de preuves pour justifier ses allégations. C’est sur ce terrain-là que Mahamane Ousmane et ses partisans sont attendus. C’est pourquoi on ne peut que les encourager fortement à avoir une démarche républicaine, en inscrivant leurs recours dans le cadre de la loi électorale, devant les instances habilitées et dans les délais impartis. C’est la seule voie, et cela est bien connu, qui vaille. A moins que toutes ces agitations ne participent d’une stratégie visant à créer la tambouille, pour espérer en tirer des dividendes politiques en termes de marchandage de la paix. En tout état de cause, en matière de contentieux électoral, du Gabonais Jean Ping au Togolais Agbeyomé Kodjo en passant par le RD Congolais Martin Fayulu et on en oublie, la rue n’a jamais porté un candidat malheureux au pouvoir, et cela ne risque pas de commencer avec le Niger.

A défaut de féliciter son adversaire, on espère que Mahamane Ousmane saura saisir la main tendue de ce dernier

Au contraire, on a déjà vu, sur le continent, des candidats perdants obtenir gain de cause devant des juridictions électorales crédibles, comme cela est arrivé au Kenya en 2017, avec l’opposant Raïla Odinga qui contestait la réélection de Uhuru Kenyatta, ou plus récemment, en février 2020, au Malawi, où la Cour constitutionnelle a annulé la présidentielle qui donnait le président sortant, Peter Mutharika, vainqueur. Mahamane Ousmane ferait mieux de s’inscrire dans cette logique, s’il devait continuer la contestation. D’autant que l’institution judiciaire électorale suprême de son pays, a su se construire une solide réputation et une crédibilité sur des décisions fortes comme par exemple le rejet, en 2009, du projet de référendum constitutionnel du président Mamadou Tandja qui cherchait un moyen pour prolonger son bail à la tête de l’Etat après ses deux mandats constitutionnels.

En tout état de cause, on peut comprendre l’amertume et la frustration des partisans de Mahamane Ousmane qui, avec 44,55% des voix, n’étaient pas loin de réaliser l’exploit. Mais cela ne saurait être une raison suffisante pour mettre l’avenir du pays en péril, pour des élections qui ont été remportées, selon les chiffres de la Commission électorale, d’une longue tête par le candidat du parti au pouvoir. C’est la dure loi du jeu démocratique, mais il faut savoir l’accepter en sachant raison garder, dans l’intérêt supérieur de la Nation. C’est pourquoi, à défaut de féliciter son adversaire, on espère que Mahamane Ousmane saura saisir la main tendue de ce dernier qui l’appelle à l’apaisement.

 

 « Le Pays »

 

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