LA NOUVELLE DU VENDREDI : Oncle Malou
Tonton Malou était un homme jovial et très attachant. C’était le meilleur des tontons du quartier. Lorsqu’il revenait le soir du travail, il nous donnait souvent des bonbons et riait avec nous quand nous jouions sur la terrasse de madame Bonké, sa sœur aînée. Quand il était très content et cela arrivait souvent, il nous mettait à tour de rôle sur son vélo et de nos petites mains, nous tenions le guidon et il chantait en nous passant agréablement. Tonton Malou était couturier et nous savions qu’il avait son atelier en ville. J’avais douze ou treize ans, je l’aimais bien.
Un jour, quelque chose se passa dans la vie de tonton Malou et le bouleversa. Tonton Malou ne donnait plus rien aux enfants. Tonton Malou ne riait plus avec nous. En marchant, il semblait ne plus nous voir. D’ailleurs, il regardait mais ne voyait personne.
Une terrible chose a dû se passer. Tonton Malou n’avait plus de vélo. Il partait rarement en ville. Le matin, il sortait une petite table devant la porte de la concession et sous le manguier repassait des habits que lui donnaient les voisins. Tonton Malou parlait moins, on dirait même qu’il avait de la peine à prononcer un mot. Il ne parlait plus, il chuchotait.
Un matin, allant chercher du pain à la cafétéria, j’entendis les grandes personnes parler de ce qui était arrivé à tonton Malou.
Malou a vraiment de la peine et on le comprend. Les voleurs ont tout ramassé dans son atelier. Ses machines, son vélo, ses tissus et ceux de ses clients.
Je ne comprenais pas tout ce que disaient les grandes personnes, mais je compris que de mauvaises personnes ont fait beaucoup de tort à tonton Malou. Rentré à la maison, je demandai à ma mère.
Pourquoi de mauvaises personnes ont fait du mal à tonton Malou ?
Je ne sais pas. Ce sont des choses qui arrivent, me répondit-elle.
Tonton Malou est bon avec tout le monde, pourquoi on lui fait du mal ?
Ma mère ne put me répondre ce jour-là ni les jours suivants.
Tonton Malou continuait à ne voir personne. Il ne parlait plus à personne. Un jour, la sœur de tonton Malou déménagea et lui aussi s’en alla du quartier. Plus jamais je n’entendis parler de lui.
Qu’était-il devenu ? Personne ne sut me répondre.
Des années plus tard, en âge de comprendre certaines choses de la vie, pensant souvent à tonton Malou, je ne pus m’empêcher de penser ceci :« Notre humeur est souvent le reflet de ce que nous donnent ou nous retirent les autres ».
Ousséni Nikiéma, 70-13-25-96