DECHEANCE D’UN CHEF A BOUSSOUMA : Une nouvelle ère dans les rapports entre coutume et Etat ?
L’affaire de la déchéance de Boussoum Wayalghin Wapassi, Naaba Liguidi, constitue, sans doute, un événement sans précédent récent dans sa forme au Burkina Faso, et marque un tournant dans l’histoire de la chefferie coutumière dans notre pays. Non pas parce que des conflits ou des sanctions internes n’ont jamais existé, notamment dans les royaumes mossis, mais parce que, cette fois-ci, la sanction sort du cercle discret de la coutume pour entrer officiellement dans le champ institutionnel et administratif. Pour la première fois dans une affaire de cette nature, en effet, une autorité traditionnelle ne se contente pas de désavouer moralement un notable portant le titre de Naaba en lui retirant ses charges, ses attributs et jusqu’au droit de porter le bonnet traditionnel ; elle décrète publiquement sa chute, invoque une loi de la République (la loi n°002-2026/ALT portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle) et sollicite implicitement l’onction de l’Administration pour consacrer sa disgrâce. Derrière les formules apparemment sobres de « prises de parole publiques » et de « comportements en société », pourrait se cacher une accusation extrêmement grave dans l’univers coutumier moaga, celle d’avoir porté atteinte à l’honneur, à la crédibilité et à la sacralité même de l’institution royale. Une zone d’ombre majeure entoure cependant cette affaire, notamment le contraste entre la gravité supposée de l’accusation et le flou qui entoure les faits reprochés. La sanction prononcée le 8 mai dernier soulève, en effet, plusieurs interrogations, d’autant que les griefs retenus contre le désormais ex-Naaba restent étonnamment vagues, alimentant inévitablement les spéculations.
La décision parait, sur le principe, conforme à la logique coutumière
La Cour royale de Boussouma invoque une « faute grave » sans jamais exposer clairement au public la nature exacte des faits reprochés au notable. Quels propos condamnables Naaba Liguidi a-t-il réellement tenus ? Quels comportements lui sont concrètement reprochés ? S’agit-il d’une simple affaire de discipline interne, d’une défiance envers l’autorité royale, d’un conflit personnel ou d’une rupture des obligations de réserve imposées aux dignitaires coutumiers ? En l’absence de précisions suffisantes, l’opinion publique demeure condamnée aux hypothèses. En tout état de cause, la décision parait, sur le principe, conforme à la logique coutumière. La tradition reconnaît, en effet, au roi de Boussouma, un pouvoir de discipline et de régulation sur les notables et chefs relevant de son autorité. La loyauté, la retenue, la dignité et l’exemplarité constituent des obligations implicites attachées au statut même de dignitaire traditionnel moaga. Dans cette logique, la déchéance, qui serait intervenue après plusieurs mises en garde restées sans effet, selon la Cour royale de Boussouma, peut apparaître comme une mesure ultime et justifiée, voire comme un mécanisme normal et classique de préservation de l’ordre symbolique du royaume. Au fond, cette affaire dépasse largement le cas personnel de Naaba Liguidi, et ce qui se joue à Boussouma, n’est peut-être pas seulement la chute d’un notable. C’est peut-être l’ouverture d’une nouvelle ère dans les rapports entre la coutume et l’Etat au Burkina Faso, telle que semble désormais lui consacrer la loi n°002-2026/ALT portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle au « pays des Hommes intègres».
Sidzabda
